03 25 72 15 50

PROJET D’ACTION GLOBALISE EN DANSE 

Jeudi 21 Avril 2016 au Théâtre de la Madeleine de Troyes

Les 24 élèves d’option danse des classes de secondes et premières ont présenté la chorégraphie intitulée

« Maman, ce soir, je viens te dire mes notes se sont tues mais la musique continue… »

PROJET_D_ACTION_GLOBALISE_EN_DANSE

Cette chorégraphie s’appuie sur un texte écrit par Melle LAFRONTIERE Tess (élève optionnaire danse en classe de 1ére L1), le soir des attentats de Paris du vendredi 13 novembre 2015.
Les phrases surlignées en jaune sont interprétées en langue des signes par les danseuses grâce à l’aide précieuse de M DAMIEN Réno (élève optionnaire danse en classe de 1ére ES2).

Maman, j’ai beaucoup de choses à te dire.

Ce soir, je suis rentrée dans cette grande salle et j’ai dansé. Dansé. Dansé. J’ai dansé à m’en écorcher les pieds, j’ai crié à m’en esquinter la gorge. Je n’ai plus de voix. Tu te souviens le nombre de fois où je t’ai demandé, les mains moites, si tu acceptais de me payer cette place de concert ? Tu as fini par dire oui. Alors ce soir, j’ai laissé la musique m’emporter. J’étais en transe, maman, tellement c’était dingue. On était tous là, collés, criants, suants, des sourires jusqu’aux oreilles. Une joie inconnue enveloppait nos corps et la musique nous enchantait.

Tout s’est tu.
Les instruments ont cessé de résonner, les cris sont devenus muets. J’étais essoufflée, désorientée, je respirais fort. Et le “boum” a retenti de plus belle. J’ai entendu des cris perçants, comme des appels au secours. Il faisait tellement chaud et pourtant, on avait si froid. Les boums sont devenus de plus en plus rapides, ils s’enchaînaient… Alors on s’est couchés. Le sol semblait trembler mais c’était nous, qui tremblions. Et les coups de canon ne s’arrêtaient pas de chanter. C’était un autre concert, des autres notes et les seules paroles audibles n’étaient que des râles agonisants, des plaintes affreuses. Maman j’aimais la musique, mais pas celle-ci… Et je crois qu’ils l’ont compris. Moi, au contraire, je n’ai pas eu le temps de comprendre. Ils m’ont tué maman. Ils ont fait chanter leurs balles contre moi pour la simple et bonne raison que j’étais là, au mauvais endroit.
Le mauvais soir. Ils m’ont tué et je n’entendrai plus jamais la musique.
128 autres personnes n’entendront plus jamais la musique.
Maman, ce soir, je viens te dire que mes notes se sont tues mais que la chanson continue.

J’ai ressorti ma plume ce soir. Je n’ai pas écrit depuis longtemps, c’est loin d’être beau mais c’est écrit avec le cœur.
NB : je tiens à rappeler que je n’ai pas vécu les faits, j’ai écrit ceci en hommage aux familles endeuillées…

Les 24 élèves d’option danse des classes de secondes et premières ont présenté la chorégraphie intitulée

« Maman, ce soir, je viens te dire mes notes se sont tues mais la musique continue… »

Puis il y a eu un “boum”. Tu sais, le genre de “boum” qui rompt le charme, qui brise le rythme. C’était un son en

plus de la musique, qui sonnait un peu faux.

Tess LAFRONTIERE